Dieu s’en occupe

Dans le train au départ de Lille, un monsieur d’un certain âge prend place à mes côtés.

Dans le train au départ de Lille, un monsieur d’un certain âge prend place à mes côtés. Je l’informe que je me rends à Paris et lui aussi, « à Massy » me précise-t-il. Il me raconte qu’il part pour cinq à six mois mais que là il se rend chez son fils, qu’il a du mal à partir mais ne peut indéfiniment remettre ce périple et espère ne rien avoir oublié. Je lui indique que j’ai une rencontre avec des membres d’un mouvement auquel j’appartiens, que c’est pour moi un ressourcement dont j’ai besoin. Lui faisant la réflexion qu’il est bien organisé pour tenir cinq mois avec une petite valise de voyage, je lui demande d’où il est. Il répond « d’Esquelbecq », dans le Nord. J’en reste perplexe, lui expliquant que je ne l’ai jamais rencontré alors que j’y habite depuis 1990. Lorsque je lui fais la remarque de ne pas l’avoir croisé sur les bancs de l’église, il a un petit rire et m’avoue qu’il ne prie plus et a décroché.
Je lui réponds alors que c’est comme la SNCF, de temps en temps on décroche les wagons mais à tout instant on peut les raccrocher.
Il m’apprend qu’il est assez contrarié par des jeunes dépendants de la drogue et ne sait plus comment les aider. Sans doute guidée par l’Esprit Saint, je lui donne ce conseil : quand on a atteint le fond du puits, il faut se tourner vers Celui qui est toujours présent et disponible (lui montrant le ciel de ma main), lui confier son tourment et surtout ne plus s’en préoccuper. « Confier, c’est confier. Encore faut-il vouloir se séparer du problème », affirmai-je.
J’ajoute alors cette petite phrase entendue à Rome lors d’un congrès : « Ne te préoccupe pas, Dieu s’en occupe. »
Peu avant l’arrivée, je lui demande où il habite précisément. Coïncidence, je suis allée récemment dans sa rue rendre visite à une amie âgée malade dont je donne le nom et prénom. Il m’avoue être honteux de n’avoir pas pris le temps de la visiter depuis son retour d’hôpital car c’est une collègue de travail. Je l’informe alors : « Comme il n’y a personne pour lui assurer les repas de deux soirs de la semaine prochaine, je me suis engagée à lui en apporter un et à le partager avec elle, donc, je lui dirai avoir fait votre connaissance » et lui propose de venir à la maison prendre un café un mercredi après-midi. Avec un grand sourire, il m’assure qu’il le fera.
Nous nous quittons en nous faisant la bise. Je lui promets que je penserai à lui.
Auriane