juillet 2015 : « Prenez courage, j’ai vaincu le monde. »
(Jean 16, 33)

Commentaire du P. Fabio Ciardi

Ces mots concluent les paroles d’adieu que Jésus adresse à ses disciples au cours de la dernière cène, avant d’être livré à ceux qui allaient le mettre à mort. Paroles précédées d’un dialogue dense, dans lequel Jésus révèle toute la profondeur de son rapport avec le Père et de la mission qu’il lui a confiée.

Jésus est sur le point de quitter cette terre, tandis que ses disciples y poursuivront son œuvre. Comme leur maître, ils connaîtront la haine, la persécution, et même la mort (Jean 15, 18-20 ; 16, 2). Comme la sienne, leur mission sera dure. Il connaît bien les difficultés et les épreuves qui les attendent : « En ce monde vous êtes dans la détresse », leur dit-il (Jean 16, 33).

En s’adressant ainsi aux apôtres réunis autour de lui pour ce dernier repas, Jésus voit aussi toutes les générations de disciples – la nôtre également – qui le suivront au cours des siècles.

Nous le savons bien : joies et « détresses » ne manquent pas : avenir incertain, emploi précaire, pauvreté, maladies, souffrances engendrées par les calamités naturelles, guerres, conflits au sein des familles et entre les nations. Des détresses dues aussi au fait d’être chrétien : lutte pour rester fidèle à l’Évangile, sentiment d’impuissance devant l’indifférence ambiante à la Parole de Dieu, railleries, mépris, voire même persécution ouverte de la part de ceux qui rejettent l’Église.

Jésus connaît toutes ces épreuves pour les avoir vécues lui-même ; et pourtant, il déclare :

« Prenez courage, j’ai vaincu le monde. »

(…) Comment Jésus peut-il affirmer avoir vaincu le monde ? Quelques instants après ces paroles, il sera fait prisonnier, flagellé, condamné, tué de la façon la plus cruelle et la plus ignominieuse. Comment parler de victoire alors qu’il a été trahi et rejeté, dans un échec retentissant ?

En quoi consiste sa victoire ? Dans sa résurrection ! La mort n’a pu le retenir en son pouvoir. Et sa victoire est si puissante qu’il nous y fait participer. Se rendant présent parmi nous, il nous entraîne avec lui dans la plénitude de la vie, dans la nouvelle création.

Cependant, avant tout, sa victoire, c’est l’acte d’amour le plus grand, celui par lequel il a donné sa vie pour nous. C’est là, au cœur de la défaite, qu’il triomphe totalement. (…) Du plus profond de la mort, Il nous a libérés de tout ce qui nous opprime, il a transformé ténèbres, souffrances, en une rencontre avec Lui, Dieu, Amour, plénitude.

A chaque fois qu’il pensait à la victoire remportée par Jésus, Paul exultait de joie. Oui, affirmait-il, Jésus a affronté toutes les adversités, jusqu’à l’épreuve suprême de la mort, et il en est ressorti vainqueur. Alors, nous aussi, avec lui et en lui, nous pouvons vaincre toutes les difficultés, bien plus, « nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, […], ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur ». (Romains 8, 37-38 ; 1 Corinthiens  15, 57).

On comprend alors l’invitation de Jésus à ne plus avoir peur de rien :

« Prenez courage, j’ai vaincu le monde. »

Au cours de ce mois, cette parole de Jésus sera pour nous source de confiance et d’espérance, quoi que nous ayons à vivre, car nous avons la certitude qu’il a déjà tout vécu et surmonté.

Même sans la force intérieure qu’il avait sur terre, nous l’avons, lui en personne, qui vit et qui lutte avec nous.

Lorsque nous sommes submergés par les difficultés, les épreuves, les tentations, nous pouvons lui dire : « Si toi, tu as vaincu le monde, tu sauras aussi triompher de cette « détresse » que je vis. Pour moi, pour ma famille, pour mes collègues, ce qui nous arrive semble être un obstacle insurmontable, nous avons l’impression de ne pas y arriver ; mais, avec toi présent au milieu de nous, nous trouverons le courage et la force d’affronter cette adversité, jusqu’à être “plus que vainqueurs”».

Ce n’est pas une vision de la vie chrétienne où tout serait facile et sans difficultés. Jésus est victorieux, précisément quand il vit le drame de la souffrance, de l’injustice, de l’abandon et de la mort. Sa victoire, c’est d’avoir affronté la souffrance par amour, d’avoir cru en la vie après la mort.

Peut-être nous faudra-t-il attendre le Ciel pour voir une victoire totale sur le mal. (…) Pourquoi avons-nous souvent peur de parler du Paradis, comme si le fait d’y penser était (…) un anesthésiant pour ne pas affronter avec courage les difficultés de toutes sortes ? L’espérance du Ciel et la foi en la résurrection ne sont-elles pas un stimulant puissant pour affronter toutes les adversités, soutenir les autres dans les épreuves et croire que le dernier mot est à l’amour qui triomphe de la haine, à la vie qui met la mort en échec.

Alors, dans toute difficulté, toute épreuve, renouvelons notre confiance en Jésus, présent en nous et au milieu de nous, qui nous fait participer à sa victoire en nous ouvrant le paradis où il est allé nous préparer une place.

Nous pourrons tout surmonter, en celui qui nous donne la force.

Fabio Ciardi