Mars 2004 : « Ne vous souvenez plus des premiers événements, ne ressassez plus les faits d’autrefois. Voici que moi, je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne ; ne le reconnaîtrez-vous pas ? » (Es 43, 18-19)

En exil à Babylone, le peuple d’Israël évoque avec nostalgie son passé, le temps glorieux où Dieu manifesta sa puissance en libérant ses ancêtres, alors esclaves en Égypte. Sa tentation est de penser : Dieu n’enverra plus de nouveau Moïse, il n’opérera plus de grands prodiges comme autrefois, et nous devrons rester pour toujours dans cette terre étrangère. Mais Cyrus, roi de Perse, libère en 539 av. JC le peuple élu, dont le retour vers la terre promise sera encore plus extraordinaire que la sortie d’Egypte. Dieu n’est pas limité par ce qu’il a déjà fait ! Son amour peut réaliser des œuvres encore bien plus grandes, que nous ne pouvons même pas imaginer. D’où cette invitation dans la bouche du prophète Isaïe (*):

« Ne vous souvenez plus des premiers événements, ne ressassez plus les faits d’autrefois. Voici que moi, je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne ; ne le reconnaîtrez-vous pas ? »

Isaïe encore, à la fin de son livre, annonce un futur plus que jamais plein de lumière : la création de cieux nouveaux et d’une terre nouvelle. Ce que Dieu accomplira sera tellement grand que « le passé ne sera plus rappelé, il ne remontera plus jusqu’au secret du cœur »1. L’apôtre Paul lui aussi, reprenant les paroles d’Isaïe, annoncera l’inimaginable intervention de Dieu dans notre histoire. Dans la mort et la résurrection de Jésus, il rend nouvelle la créature humaine, il la recrée en son Fils pour une vie nouvelle2. Et enfin dans l’Apocalypse, au terme de l’histoire, Dieu annonce que le cosmos entier sera recréé : « Voici, je fais toutes choses nouvelles »3. Les paroles d’Isaïe traversent la Bible entière et nous parlent encore aujourd’hui :

« Ne vous souvenez plus des premiers événements, ne ressassez plus les faits d’autrefois. Voici que moi, je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne ; ne le reconnaîtrez-vous pas ? »

C’est nous qui sommes la « chose nouvelle », la « nouvelle création », que Dieu a engendrée. A travers son Fils que nous accueillons dans ses Paroles et dans tout ce qu’il nous donne, c’est notre être et notre façon d’agir qui sont rendus nouveaux. Désormais c’est Jésus qui vit et œuvre en nous. C’est lui qui renouvelle nos rapports avec les autres : en famille, à l’école, au travail. C’est lui qui régénère, à travers nous, la vie sociale, le monde de la culture, des loisirs, de la santé, de l’économie, de la politique… en un mot tous les secteurs de la vie humaine. Ne nous tournons plus vers le passé pour regretter ce qu’il y avait de beau, ou pour regretter nos erreurs : croyons fortement à l’action de Dieu qui peut continuer à « faire du neuf ». Dieu nous offre la possibilité de toujours recommencer. Il nous libère des conditionnements et des poids du passé. La vie se simplifie, devient plus légère, plus pure, plus fraîche. Comme l’apôtre Paul, nous aussi, oublieux du passé, nous serons libres de courir vers le Christ, vers la plénitude de la vie et de la joie4.

« Ne vous souvenez plus des premiers événements, ne ressassez plus les faits d’autrefois. Voici que moi, je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne ; ne le reconnaîtrez-vous pas ? »

Comment vivre alors cette Parole ? Tout au long de la journée, cherchons à vivre avec amour tout ce que Dieu attend de nous : étudier, travailler, nous occuper des enfants, prier, jouer… en écartant tout ce qui n’est pas volonté de Dieu dans le moment présent. Nous resterons ainsi ouverts à ce qu’il veut opérer en nous et autour de nous, nous serons prêts à accueillir la grâce particulière de chaque instant. Si nous vivons ainsi, en offrant à Dieu chacune de nos actions, en lui disant explicitement : « Elle est pour toi », Jésus qui vivra en nous accomplira son projet sur nous.