Août 2002 : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » (Mt 14, 27)

Le lac de Tibériade ou « mer de Galilée »… Seulement 24 kilomètres sur 12. Mais quand le vent s’y engouffre, il effraie même les pêcheurs qui sont habitués à y naviguer. Cette nuit-là, les disciples de Jésus ont vraiment peur. Vent contraire et hautes vagues les empêchent de diriger leur barque. Survient alors un événement inattendu. Jésus resté à terre, seul, pour prier, apparaît tout à coup sur les eaux. Déjà affolés par la tempête, les Douze, pris de panique, poussent des cris, croyant voir un fantôme. Celui qu’ils voient devant eux ne peut être Jésus car seul Dieu, comme il est écrit au livre de Job, peut « fouler les houles de la mer » 1. Mais Jésus leur adresse ces paroles : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » Il monte dans la barque et la mer se calme. Non seulement les disciples retrouvent la paix, mais ils le reconnaissent pour la première fois comme « Fils de Dieu » : « Vraiment, tu es Fils de Dieu ! » 2

« Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! »

Cette barque agitée par le vent et battue par les vagues est devenue le symbole de l’Église de tous les temps. Quel chrétien ne connaît pas, tôt ou tard, la tempête et la peur… Qui ne s’est jamais senti poussé là où il ne voulait pas aller, redoutant que sa vie, ou celle de ses proches, ne fasse naufrage…
Personne n’échappe à l’épreuve. Son visage ? L’échec, la pauvreté, la dépression, le doute, la tentation… Ou bien la souffrance de nos proches : un enfant qui se drogue ou qui n’arrive pas à trouver sa voie, un mari alcoolique ou sans travail, le décès ou la séparation de personnes qui nous sont chères, des parents âgés ou malades… Ou bien nous sommes angoissés par la société matérialiste et individualiste qui nous entoure, avec ses guerres, ses violences, ses injustices… Face à de telles situations, le doute s’insère en nous : où est Dieu, et son amour ? Et s’il n’était qu’une illusion, qu’un phantasme ?
Rien de plus terrible que la solitude au moment de l’épreuve. Sans personne pour nous écouter, nous conseiller, chaque souffrance devient insupportable. Jésus le sait. C’est alors qu’il nous apparaît sur la mer déchaînée. Il vient auprès de nous et nous dit, à nous aussi :

« Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! »

C’est comme s’il nous disait : « Je suis là, au milieu de ta peur : sur la croix, quand j’ai crié mon abandon, j’ai moi aussi été envahi par la peur de me voir abandonné par le Père. Je suis là, dans ton découragement : sur la croix j’ai moi aussi eu l’impression que le secours du Père me manquait. Tu es troublé ? Je l’étais moi aussi, au point de crier « pourquoi ? ». Comme toi, et plus que toi encore, je me suis senti seul, blessé, en proie au doute… J’ai senti sur moi la douleur de la méchanceté humaine… »
Jésus est véritablement entré en toute douleur, il a pris sur lui chacune de nos épreuves, il s’est identifié avec chacun de nous. Il est derrière tout ce qui nous fait mal, ce qui nous effraie. Toute circonstance douloureuse et terrible est l’un de ses visages. Il est l’Amour et l’amour chasse toute crainte.
Chaque fois que la peur nous assaille, que la douleur nous submerge, nous pouvons discerner la réalité cachée derrière cette situation. C’est Jésus qui apparaît dans notre vie, sous l’un de ses nombreux visages. Appelons-le par son nom : C’est toi, Jésus abandonné, « le doute » ; c’est toi, Jésus abandonné « le trahi » ; c’est toi, Jésus abandonné « le malade ». Faisons-le alors monter dans notre « barque », accueillons-le, laissons-le entrer dans notre vie. Et puis continuons à vivre ce que Dieu veut de nous, mettons-nous à aimer le prochain. Nous découvrirons que Jésus est toujours Amour. Nous pourrons lui dire, comme les disciples : « Vraiment tu es Fils de Dieu ! »
En l’accueillant ainsi, nous retrouverons paix, réconfort, courage, équilibre, force… Jésus sera pour nous l’explication et la solution de tout.