« Viens suis-moi ! »

Lorsque mon mari est brutalement parti pour le paradis, je suis restée seule avec trois préadolescents, désemparée.

Lorsque mon mari est brutalement parti pour le paradis, je suis restée seule avec trois préadolescents, désemparée. Je ne pensais plus qu’à rejoindre mon époux ; la vie n’avait plus de sens pour moi. Un matin, alors que je refuse de me lever, désirant disparaître, j’entends une parole monter en moi : « Viens, renonce à toi-même, prends ta croix, suis-moi. »
C’est une parole forte, à laquelle j’obéis comme un automate. « Viens. » J’émerge du lit, mais j’hésite à me mettre debout ; les forces me manquent. « Renonce à toi-même. » Il m’apparaît soudain qu’il y a du monde autour de
moi, en commençant par les enfants qui doivent eux aussi faire face au terrible vide, à l’insupportable douleur. Je renonce à rester fermée sur moi-même ; mais la douleur me paralyse encore.
« Prends ta croix. » Je réalise que je dois vivre avec cette horrible douleur. Je pense à ma grandmère ; j’étais si heureuse avec elle ! Et pourtant, elle portait elle aussi une douleur semblable… Je me mets debout, et je ressens au fond de moi : « Suis-moi. » Je vais machinalement à la cuisine préparer le déjeuner des enfants. Dans les journées qui suivent, nombreux sont les amis qui me téléphonent ou qui viennent me voir. En leur répondant, il me revient toujours : « Viens, renonce à toi-même, prends ta croix, suis-moi. » Alors je m’intéresse à leur vie, à leurs difficultés du moment, à leurs interrogations. Je ne sais pas vraiment ce qui se passe entre nous, mais je les sens réconfortés. Un jour, ma fille aînée me dit : « Je ne comprends pas. Ils viennent te voir, et c’est toi qui leur remontes le moral ! »
Des liens très forts se sont tissés depuis avec toutes ces personnes que je rencontre toujours.
Cette même parole me revient chaque fois que j’ai des difficultés ; d’abord avec mes ados, puis dans toutes les circonstances difficiles où tout paraît fermé. Je sais qu’il suffit de la vivre pour trouver une issue. Alors quand les images sombres diffusées par nos médias tentent de me rendre triste, je pense à l’Évangile. Le miracle se produit :
je retrouve le goût d’avancer quoi qu’il arrive ! ■
Annie, France

Publié dans la revue Nouvelle Cité Mars-avril 2015