Le malade

Je suis médecin dans une caisse privée d’assurance maladie et je fais de l’assistance médicale à domicile.

Je suis médecin dans une caisse privée d’assurance maladie et je fais de l’assistance médicale à domicile. Un samedi soir, nous étions à table en famille et nous fêtions l’anniversaire de ma bellemère, quand j’ai été appelé au téléphone
pour un patient que je ne connaissais pas.
Comme il faisait partie d’une autre caisse d’assurance, je n’étais pas obligé de le soigner, mais j’ai senti l’angoisse dans la voix de sa fille et j’ai quitté le repas pour me rendre chez lui.
Le malade, en phase terminale, était entré dans le coma. Je lui ai administré de quoi soulager la douleur. Il ne restait
qu’à attendre la fin qui allait arriver dans quelques heures.
Quand je l’ai annoncé à la famille en sortant de la chambre, ils ont été effrayés et aucun ne s’est senti la force de  rester auprès de lui. C’était une de ces occasions où on sent intérieurement que c’est le moment de « faire aux autres ce qu’on voudrait qu’ils fassent pour nous », comme l’Évangile nous l’enseigne. J’ai refermé ma trousse médicale désormais inutile et je suis retourné m’asseoir auprès du malade.
Je lui ai pris la main et lui ai parlé, même si je n’étais pas sûr qu’il m’entende, car il était inconscient. Je lui répétais que j’étais auprès de lui et que Dieu l’aimait. Peu après une des filles a trouvé le courage d’entrer dans la chambre et lui a pris l’autre main.
L’homme s’est éteint ainsi, sereinement et entouré d’amour. Je suis rentré à la maison au petit matin, une grande paix au coeur. ■
A. D., Espagne

Publié dans la revue Nouvelle Cité Mars-avril 2015