Mai 2006 : « Je me rends compte en vérité que Dieu est impartial et qu’en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui » (Ac 10, 34-35)

Comme est grand le cœur de Dieu ! Il ignore les divisions entre peuples et nations, entre ethnies et langues. Il ne voit en nous que ses enfants, d’égale dignité.
Pourtant, les premiers chrétiens de Jérusalem avaient bien du mal à comprendre cette mentalité ouverte et universelle. Tous issus d’un même peuple, et conscients d’appartenir au peuple élu, il leur était difficile d’établir des rapports de fraternité authentique avec des membres d’autres pays. Et ils avaient été scandalisés d’apprendre que Pierre, à Césarée, était entré dans la maison de Corneille, un centurion romain, un étranger. Pourquoi donc fréquenter ces gens-là ?
Mais pour Dieu, personne n’est étranger.
« Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et les injustes ». Dieu aime tous les hommes, sans distinction.
Cela, Pierre l’avait affirmé devant le soldat romain, dépassant lui aussi tous les préjugés à l’égard d’autres peuples.

« Je me rends compte en vérité que Dieu est impartial et qu’en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui. »

Si Dieu se comporte ainsi, nous devons, nous ses enfants, agir comme lui, ouvrir grand notre cœur, abattre toutes les barrières, nous libérer de tout esclavage.
Car ne sommes-nous pas devenus esclaves de nos divisions entre riches et pauvres, générations, races, cultures et nations ? Combien de préjugés portons-nous vis-à-vis des immigrés, des étrangers ? Que d’idées toutes faites n’entend-on pas sur ceux qui sont différents de nous ! Cela fait naître un sentiment d’insécurité, la crainte de perdre son identité, l’intolérance…
Et que dire des barrières encore plus subtiles séparant notre famille des autres, notre groupe religieux d’un autre qui suit d’autres orientations, les quartiers d’une même ville, les partis, les clubs sportifs… Ne cherchons pas plus loin l’origine des méfiances, des rancœurs sourdes et profondes, des inimitiés persistantes…
Avec un Dieu qui ne fait aucune différence entre les personnes, comment ne pas avoir à cœur la fraternité universelle ?

« Je me rends compte en vérité que Dieu est impartial et qu’en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui. »

Étant tous frères et sœurs, aimons donc tous les hommes, en commençant par celui qui se trouve à côté de nous. Et ne nous arrêtons pas. Ainsi, notre amour ne sera ni platonique ni abstrait, mais concret, fait de service.
Aimons-les d’un amour capable d’aller à la rencontre de l’autre. D’engager un dialogue, de se mettre à la place de l’autre quand il est dans la peine, de porter le poids de ses préoccupations. Au point qu’il se sente compris et accueilli dans sa différence et libre d’exprimer toute la richesse qu’il porte en lui.
Un amour qui entretient des rapports vivants et actifs entre personnes de convictions différentes, sur la base de la « règle d’or » : « Fais aux autres ce que tu voudrais que l’on te fasse », reportée par tous les livres sacrés et inscrite dans les consciences.
Un amour qui nous pousse à mettre nos biens en commun, à aimer le pays de l’autre comme notre patrie, qui nous fait construire des structures nouvelles, qui croit possible de faire reculer les guerres, le terrorisme, la faim, les innombrables maux qui déchirent le monde.

« Je me rends compte en vérité que Dieu est impartial et qu’en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui. »

Moira, une jeune indigène catholique du Guatemala, descendante des mayas Cakchiquel et aînée d’une famille de onze enfants, en a fait l’expérience. Les indigènes, victimes de nombreuses discriminations, ont un fort complexe d’infériorité vis-à-vis des métis et, plus encore, des blancs. Sa rencontre avec Fiore, l’une de mes premières compagnes de Rome, devait la marquer profondément.
Fiore, témoigne Moira, n’avait pas de préférence, sa façon d’être allait droit au cœur des gens et faisait tomber toute barrière :« Je n’oublierai jamais l’accueil chaleureux de Fiore. Son amour envers moi était un reflet de l’amour de Dieu. Ma culture indigène et l’éducation familiale m’avaient habituée à des comportements durs et fermés, qui éloignaient les gens de moi. Fiore a été pour moi une maîtresse, un guide, un modèle… et m’a aidée à sortir de moi pour m’ouvrir aux autres avec confiance. Elle m’a aussi proposé de reprendre mes études, m’a soutenue et encouragée lorsque, devant les difficultés de culture et de méthode, j’étais tentée de tout laisser tomber. Cela m’a permis d’obtenir mon diplôme de secrétariat. Elle m’a surtout donné conscience de ma dignité humaine et libérée de ce sentiment d’infériorité profondément ancré en moi. Depuis mon enfance, je rêvais de me lancer dans une bataille de libération de mon peuple. Fiore m’a fait comprendre que je devais commencer par moi-même. Il fallait que je sois « nouvelle », si je voulais que naisse un « peuple nouveau ». »
Avec un Dieu qui ne manifeste de préférence pour aucun de ses enfants, on peut, comme Moira, avoir de grandes ambitions : « En disant oui à Dieu, je pouvais ouvrir une voie me permettant de faire connaître cette façon de vivre à mon peuple et je dois dire que cela s’est déjà en partie réalisé dans ma famille ».