Avril 2006 : « Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance » (Jn 12, 24)

Plus éloquentes qu’un traité, ces paroles du Christ laissent entrevoir quel est le secret de la vie.
En Jésus, il n’y a pas de joie sans accepter la douleur ni de résurrection sans passer par la mort. Jésus, ici, parle de lui, il explique la signification de son existence. Il n’est qu’à quelques jours d’une mort atroce, humiliante. Pourquoi doit-il mourir, lui qui s’est justement proclamé la Vie ? Pourquoi doit-il souffrir, lui qui est innocent ? Pourquoi faut-il qu’il soit calomnié, giflé, qu’on se moque de lui et qu’il soit cloué sur une croix, pour subir la mort la plus infamante ? Et surtout, pourquoi lui, qui a vécu dans une union constante avec Dieu, devra-t-il se sentir abandonné de son Père ? Lui aussi a peur de la mort ; mais elle aura un sens : elle aboutira à la résurrection.
Il était venu pour réunir les enfants de Dieu dispersés, abolir toute barrière séparant les êtres et les peuples, ramener la fraternité entre les hommes divisés, apporter la paix et construire l’unité. Mais il y avait un prix à payer : pour attirer à lui tous les hommes, il devra être élevé de terre, sur la croix. Et il nous dit cette parabole, la plus significative, sans doute, de tout l’Évangile :

« Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance »

Ce grain de blé, c’est lui.
En ce temps de Pâque, il nous apparaît du haut de la croix, dans son martyre et sa gloire, signe de l’amour extrême. Là, il a tout donné : le pardon à ses bourreaux, le paradis au larron ; à nous, il a donné son corps et son sang, sa vie, jusqu’à crier : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » J’écrivais dans une lettre en 1944 : « Sais-tu qu’il nous a tout donné ? Que pouvait nous donner de plus un Dieu qui, par amour, semble même oublier qu’il est Dieu ? » Et il nous a donné la possibilité de devenir enfants de Dieu : il a engendré un peuple nouveau, une nouvelle création.
Dès le jour de la Pentecôte, le grain de blé tombé en terre et mort fleurissait en un épi fécond : trois mille personnes, de tous peuples et de toutes nations, devenaient « un seul cœur et une seule âme », puis cinq mille, puis…

« Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance »

Cette Parole donne aussi sens à notre vie, à nos souffrances, et à notre mort qui viendra un jour. La fraternité universelle pour laquelle nous voulons vivre, la paix, l’unité que nous voulons construire autour de nous ne sont qu’un vague rêve et une chimère si nous ne sommes pas prêts à parcourir le même chemin que le Maître.
Comment a-t-il fait pour « porter du fruit en abondance » ?
Il a tout partagé avec nous. Il a endossé nos souffrances. Il s’est fait avec nous ténèbres, tristesse, épuisement, contradiction… Il a éprouvé la trahison, la solitude, il s’est senti orphelin… Bref, il s’est fait « un avec nous », en prenant sur lui tout ce qui nous écrasait.
Comment ne pas être remplis d’amour pour ce Dieu qui s’est fait notre « prochain » ? Et comment lui exprimer notre reconnaissance pour son amour infini sinon en vivant comme il a vécu ? À notre tour, devenons les « prochains » de ceux qui passent auprès de nous dans la vie, en cherchant à nous « faire un » avec eux, à prendre sur nous les divisions, à partager une souffrance, à résoudre une difficulté, avec un amour concret fait de services rendus.
Jésus, dans son abandon, s’est donné tout entier ; en celui qui vit la spiritualité née de Lui et centrée sur Lui, doit resplendir pleinement le Ressuscité et la joie doit en être le témoignage.