Janvier 2006 : « Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 20)

« Emmanuel », « Dieu avec nous » ! Voilà la nouvelle bouleversante que nous transmet Matthieu au début de son Évangile : en Jésus, l’Emmanuel, Dieu est venu parmi nous.
Et cet Évangile se conclut par une promesse encore plus inouïe : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » .
La présence de Dieu au milieu de nous dure au-delà de la venue historique de Jésus sur la terre. Il reste avec nous pour toujours.
Comment est-il présent ? Comment pouvons-nous le rencontrer ?
La réponse, nous la trouvons au cœur de l’Évangile de Matthieu, là où Jésus définit les lignes de vie de sa communauté, l’Église. De l’Église, Jésus parle à plusieurs reprises : elle est fondée sur le rocher que représente Pierre, rassemblée par sa parole et réunie autour de l’Eucharistie… Mais dans notre verset, il en révèle l’identité la plus profonde : l’Église, c’est sa propre présence au milieu de ceux qui sont réunis en son nom.
Jésus peut être sans cesse présent au milieu de nous. Nous pouvons expérimenter ce qu’est l’Église vivante, vivre l’Église dans sa réalité la plus profonde.

« Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. »

Si c’est lui, le Seigneur ressuscité, qui rassemble les croyants, les unit à lui et entre eux, et fait d’eux son corps, alors chaque division dans nos familles et nos communautés altère le visage de l’Église. Le Christ n’est pas divisé. Un Christ fragmenté est défiguré, méconnaissable.
Cela concerne également les rapports entre les différentes Églises et communautés ecclésiales. Le cheminement œcuménique nous a fait comprendre que « ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise ». Et s’il nous manque encore la pleine communion de foi dans quelques aspects de doctrine et de pratique chrétiennes, déjà nous avons « l’élément le plus important de notre unité, à savoir la présence du Christ Ressuscité ».
Pouvoir nous réunir au nom de Jésus pour prier ensemble, connaître et partager les richesses de la foi chrétienne, nous demander réciproquement pardon, c’est déjà le terreau favorable au dépassement de toutes ces divisions. De petites initiatives peut-être ? Mais « rien n’est petit de ce qui est accompli par amour ». Jésus parmi nous, « source de notre unité », nous indiquera « comment devenir des instruments de l’unité que Dieu désire pour nous ».
C’est ce qu’ont exprimé dans un document conjoint la Commission Foi et Constitution du Conseil Œcuménique des Églises et le Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens. Ils ont proposé comme thème général cette « parole de vie », et les textes de prière corrélatifs ont été préparés par un groupe œcuménique de Dublin. Depuis 1968, en effet, durant la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous vivons tous ensemble un même thème, une « parole de vie ». C’est un signe d’espérance dans notre cheminement vers la pleine communion visible entre les Églises.

« Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. »

Mais que signifie être unis au nom de Jésus ?
Simplement être unis en Lui, dans sa volonté. Et nous savons que son plus grand désir – « son » commandement – est que l’amour réciproque règne parmi nous. Ainsi, là où au moins deux personnes sont prêtes à s’aimer de cette manière et à faire tout passer au second plan pour susciter sa présence, tout change autour d’elles. Jésus entre dans les maisons, dans les lieux de travail et d’étude, dans les parlements et les stades, et peut les transformer.
Sa présence nous éclaire pour trouver les solutions à nos difficultés, elle nous donne la créativité nécessaire pour affronter les situations personnelles et sociales les plus inattendues, le courage pour persévérer dans nos choix les plus ardus. Bref, elle est un ferment pour notre vie tout entière.
Il peut être présent spirituellement, mais réellement, dans nos familles, et dans tous nos milieux de vie.
Jésus qui vit au milieu de nous grâce à l’amour réciproque que nous établissons explicitement entre nous et que nous renouvelons continuellement, est présent dans le monde d’une manière nouvelle, le libère des nouveaux esclavages. Et l’Esprit Saint ouvre des voies nouvelles.

« Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux. »

Oui, nous en faisons l’expérience et cela nous remplit de gratitude envers Dieu : si nous sommes unis, Jésus est parmi nous. Je l’écrivais il y a fort longtemps et combien c’est vrai aujourd’hui encore ! Et c’est cela qui compte. Plus que tous les trésors de notre cœur. Plus que père et mère, frères ou enfants. Plus que la maison et le travail. Plus que la propriété. Plus que toutes les œuvres d’art d’une grande ville comme Rome. Plus que nos affaires. Plus que la nature qui nous entoure avec ses fleurs et ses prés, la mer et les étoiles. Plus que notre âme !
Quelle force de témoignage représente pour le monde l’amour réciproque entre des chrétiens de deux Églises différentes, par exemple entre un catholique et un méthodiste, entre un pentecôtiste et un orthodoxe !
Aujourd’hui comme alors, vivons dans la charité, la vie qu’il nous donne instant après instant.
L’amour de nos frères est le commandement de base, de sorte que tout acte qui est expression d’une charité fraternelle sincère a de la valeur. Alors que, sans amour pour nos frères, rien de ce que nous faisons n’a de valeur. Car Dieu est Père : il a dans le cœur toujours et uniquement ses enfants.
Vivons pour que Jésus soit toujours présent au milieu de nous, afin de le porter dans le monde qui ignore sa paix.