Octobre 2004 : « Augmente en nous la foi ! » (Lc 17, 5)

Cette prière des disciples est empreinte d’une sorte de tristesse. N’ont-ils pas, eux aussi, chancelé ? Combien de fois dans l’Evangile Jésus leur reprochera leur peu de foi ! Pierre lui-même, le « roc » sur lequel Jésus allait construire son Église se vit traiter « d’homme de peu de foi ». Jésus dut prier pour lui, pour que sa foi ne diminue pas. Cette demande de voir augmenter en nous la foi n’est-elle pas commune à tous les chrétiens ? Notre vie spirituelle ne connaît-elle pas des hauts et des bas ? Malgré son profond rapport filial avec Dieu, Thérèse de Lisieux se vit assaillie, les dix-huit derniers mois de sa vie, d’une « épreuve contre la foi ». Elle la ressentait comme un mur s’élevant jusqu’au ciel et lui cachant les étoiles.

« Augmente en nous la foi ! »

De fait, si nous savons que Dieu est Amour, nous vivons souvent comme si nous étions seuls sur terre, comme s’il n’existait pas un Père qui nous aime, qui nous suit, et qui sait tout de nous : il compte jusqu’aux cheveux de notre tête. Il fait tout concourir à notre bien, tant nos bonnes actions que nos épreuves. Nous devrions pouvoir faire nôtres les paroles de l’évangéliste Jean : «… et nous, nous avons cru à l’amour ». Croire, n’est-ce pas nous sentir regardés et aimés par Dieu ? Savoir que chacune de nos prières, de nos paroles, chaque geste, chaque événement triste, joyeux ou indifférent, chaque épreuve, tout, tout, tout, depuis les faits nous semblant les plus importants jusqu’aux plus petites actions, pensées ou sentiments, tout est sous le regard de Dieu. Si Dieu est Amour, notre entière confiance en lui en découle nécessairement… Et cela nous incite à lui parler souvent, à lui présenter nos résolutions et nos projets. Chacun de nous peut s’abandonner à son amour, sûr d’être compris, encouragé, aidé.

« Augmente en nous la foi ! »

A cette prière des disciples, Jésus répond : « Si vraiment vous avez de la foi gros comme une graine de moutarde, vous diriez à ce sycomore : « Déracine-toi et va te planter dans la mer « , et il vous obéirait ». Comme une graine de moutarde… : Jésus ne demande pas une foi plus ou moins grande, il veut qu’elle soit authentique, fondée sur lui – de qui nous attendons tout – sans compter uniquement sur nos propres capacités. Si nous croyons en un Dieu qui nous aime, toute impossibilité peut être surmontée. Nous pouvons croire que si nous « déracinons » l’indifférence et l’égoïsme qui nous entourent bien souvent et qui prennent place jusque dans notre cœur ; nous résoudrons des situations de manque d’unité dans la famille ; notre monde tendra à l’unité entre générations, entre catégories sociales, entre chrétiens divisés depuis des siècles ; on verra naître la fraternité universelle entre les fidèles de religions différentes, entre les races, entre les peuples… Et nous pouvons penser que cette humanité arrivera à vivre en paix. Oui, si nous permettons à Dieu d’agir, tout est possible, car à Lui, le Tout Puissant, rien n’est impossible.

« Augmente en nous la foi ! »

Comment vivre cette Parole de Vie et grandir dans la foi ? Avant tout en priant, surtout quand surviennent la difficulté et le doute : la foi est un don de Dieu. « Seigneur – pouvons-nous lui demander – fais-nous rester dans ton amour. Fais qu’à aucun moment je ne vive sans sentir par la foi, mais aussi par l’expérience, que tu m’aimes, que tu nous aimes. » Et puis en aimant. A force d’aimer, notre foi deviendra solide comme du diamant. Non seulement nous croirons en l’amour de Dieu, mais nous le sentirons en nous de manière tangible, et nous verrons s’accomplir des « miracles » autour de nous.
Écoutons l’expérience d’une jeune fille de Grande Bretagne : « Quand ma mère m’informa de sa décision de quitter mon père et d’aller vivre ailleurs, cette nouvelle me bouleversa. J’étais presque désespérée, mais je ne lui dis rien. Avant d’avoir décidé de vivre l’Evangile, je me serais peut-être réfugiée dans ma chambre pour oublier en écoutant de la musique. Mais maintenant, je sentais ma place au milieu de cette souffrance, disant mon « oui » à Dieu, face à la croix. C’était pour moi l’occasion de croire à Son amour au-delà de toute apparence. Ensuite j’ai essayé d’écouter ma mère avec amour quand elle se déchargeait sur moi de tout ce qu’elle avait à dire sur mon père. Je mettais de côté ma propre opinion et je cherchais aussi un moyen de rester proche de mon père. Quelques mois plus tard, mes parents ont cherché à rétablir le rapport entre eux. Une phrase de maman me frappa : « Tu te souviens quand je t’ai dit que je voulais partir ? Ta réaction m’a fait penser que j’allais prendre une mauvaise décision ». A ma mère je n’avais rien dit. Simplement à Jésus j’avais dit « oui » en silence, sûre qu’il prendrait soin de tout. »