Juin 2004 : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu » (Lc 9, 62)

Jésus vient de décider de partir pour Jérusalem où l’attend sa mission. Certains veulent le suivre, mais il les avertit. L’accompagner leur demandera le même courage que le sien pour accomplir jusqu’au bout la volonté de Dieu. Le découragement peut succéder à l’enthousiasme initial. Jésus l’avait dit dans la parabole du semeur : les grains tombés sur la pierre, ce sont « ceux qui accueillent la parole avec joie lorsqu’ils l’entendent ; mais ils n’ont pas de racines : pendant un moment ils croient, mais au moment de la tentation ils abandonnent ». Jésus veut qu’on le suive complètement, pas à moitié en disant à la fois oui et non. Quand on a commencé à vivre pour Dieu et pour son règne, on ne peut reprendre ce qu’on a laissé, vivre comme avant, guidé par ses intérêts égoïstes d’autrefois :

« Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »

En nous appelant tous – de manière différente – à le suivre, Jésus nous ouvre un monde nouveau pour lequel il vaut la peine de rompre avec le passé. Pourtant des regrets peuvent nous tenter ou tout simplement la mentalité commune – qui n’a souvent rien à voir avec l’Evangile – peuvent nous séduire. C’est alors que surgissent les difficultés. D’un côté nous voudrions aimer Jésus, d’un autre côté nous voudrions nous laisser aller à nos attachements, à nos faiblesses, à notre médiocrité. Nous voudrions le suivre, mais nous sommes bien souvent tentés de regarder en arrière, de revenir sur nos pas, ou de faire deux pas en arrière après en avoir fait un en avant… Cette Parole de vie nous appelle à la cohérence, à la persévérance, à la fidélité. Si nous avons connu la beauté de l’Evangile vécu, nous verrons qu’il ne peut s’accommoder de notre indécision, de notre paresse spirituelle, de notre manque de générosité. Prenons alors la décision de suivre Jésus, d’entrer dans le monde qu’il nous ouvre. Il a promis que « celui qui tiendra jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé ».

« Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »

Comment résister à la tentation de revenir en arrière ? Avant tout faire taire notre égoïsme qui appartient à notre passé. Sommes-nous tentés de bâcler notre travail, de ne pas étudier sérieusement, de ne pas faire l’effort de prier, de ne pas accepter avec amour une situation qui nous coûte ? De dire du mal d’un autre, de manquer de patience envers lui ou de nous venger ? Il nous faut dire non à ces tentations, dix, vingt fois par jour. Mais cela ne suffit pas. Avec des non on ne va pas très loin. Il faut surtout des oui pour avancer : oui à ce que Dieu veut et à ce que les autres attendent de nous. Et de grandes surprises nous attendent. Je vous raconte ce que j’ai vécu le 13 mai 1944. Un bombardement avait rendu ma maison inhabitable. Le soir j’étais réfugiée avec ma famille dans le bois environnant. Je pleurais. Quitter Trente avec les miens m’obligerait à abandonner mes compagnes en qui je voyais désormais le Mouvement naissant. L’amour de Dieu allait triompher de cette situation. Avec la bénédiction de mon père, je laissai partir ma famille que j’étais pourtant seule à pouvoir soutenir. Par la suite j’appris que les miens étaient partis dans la paix et qu’ils trouvèrent vite un endroit où s’installer. Je cherchai mes compagnes au milieu des maisons et des rues transformées en décombres. Grâce à Dieu, elles étaient toutes sauves. On nous offrit un petit appartement. Le premier focolare ? Nous ne le savions pas, mais c’était bien de cela qu’il s’agissait.

« Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »

Avançons donc toujours vers notre but, le regard fixé sur Jésus. Plus notre amour pour lui est grand, plus nous expérimentons la beauté du monde nouveau auquel il a donné vie, et plus ce que nous avons laissé derrière nous perdra de son attrait. Chaque matin, quand une nouvelle journée commence, répétons-nous : aujourd’hui, je veux vivre mieux qu’hier ! Et si cela peut nous aider, essayons de compter d’une certaine manière nos actes d’amour envers Dieu ou envers nos frères. Nous nous apercevrons le soir que nous avons le cœur rempli de bonheur.