Septembre 2003 : « Si ton pied entraîne ta chute, coupe-le ; il vaut mieux que tu entres estropié dans la vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne » (Mc 9,45)

Nous couper le pied ou la main, nous arracher l’œil s’ils nous incitent à pécher ? Ce passage d’Evangile a de quoi nous désorienter… Bien sûr, même avec la force du « glaive à double tranchant » qu’a la Parole selon l’épître aux Hébreux (He 4, 12), ces mots ne sont pas à prendre à la lettre. Qu’expriment-ils alors ? Simplement ceci : si une occasion de pécher se présente à nous, n’hésitons pas à renoncer à tout ce à quoi nous tenons le plus – biens ou personnes – plutôt que de manquer l’entrée dans la vraie vie, c’est-à-dire la communion avec Dieu et notre pleine réalisation.
L’Évangile appelle « scandale » ce qui s’interpose entre Dieu et nous et forme obstacle à l’accomplissement de sa volonté. Pensons à des bâtons dans les roues bloquant notre route vers Jésus ou à des pièges nous attirant dans le péché. Parfois, notre œil, « notre main, notre pied, sont des occasions de « scandale », de « péché », en ce sens qu’ils peuvent nous inciter à renier Jésus, à le trahir en lui préférant autre chose. C’est ce qu’a bien compris une jeune fille de 23 ans, Santa Scorese, qui en 1991, à Bari (Italie du Sud) a préféré mourir plutôt que de répondre aux avances malhonnêtes d’un garçon de son âge. Pour elle, Dieu valait plus que sa propre vie.

Si ton pied entraîne ta chute, coupe-le ; il vaut mieux que tu entres estropié dans la vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.

Le péché ne vient pas de ce qui est hors de nous. Il jaillit de notre propre cœur. Cette Parole de vie démasque le « vieil homme » qui vit en nous lorsque nous cédons aux pièges du mal, nous laissant dominer par nos mauvais penchants : l’égoïsme, la soif de pouvoir, de gloire, d’argent…
Notre « vieil homme » doit céder la place à « l’homme nouveau », à Jésus en nous.
Pouvons-nous parvenir seuls à déraciner nos passions désordonnées et faire naître en nous la vie divine ? Non. Seul Jésus peut, par sa mort, faire mourir notre « vieil homme » et, par sa résurrection, faire de nous des « hommes nouveaux ». Lui seul peut nous donner le courage et la détermination de lutter contre le mal et nous remplir d’un amour absolu pour le bien. De lui seul proviennent la liberté intérieure, la paix et la joie inexprimable qui nous élèvent au-dessus des bassesses du monde en nous faisant expérimenter dès maintenant l’avant-goût du Ciel.

Si ton pied entraîne ta chute, coupe-le ; il vaut mieux que tu entres estropié dans la vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.

L’ « homme nouveau » en nous doit grandir et se protéger des pièges du « vieil homme ». Que pouvons-nous faire pour cela ? J’écrivais en 1949 : « Il existe bien des façons de faire le ménage dans une pièce : on peut ramasser chaque brindille une à une ; on peut se servir d’un petit balai, d’un grand balai, d’un gros aspirateur, etc. Ou bien – pour se trouver dans un lieu propre – on peut changer de pièce et tout est fait. Il en va de même en ce qui concerne notre sanctification. Plutôt que de faire de gros efforts, nous pouvons immédiatement mettre notre moi de côté et laisser vivre Jésus en nous. C’est-à-dire vivre « transférés » dans notre prochain, par exemple dans ceux qui nous entourent. C’est cela, vivre pleinement sa vie. »
Aimer ! Cela résume toute la doctrine de Jésus. Affiner notre cœur pour qu’il soit capable d’écoute, faire nôtres soucis et souffrances de nos prochains, partager leurs joies et leurs douleurs, faire tomber les barrières qui nous divisent encore, dépasser les jugements et les critiques, sortir de notre isolement pour nous mettre à la disposition de ceux qui sont dans le besoin ou qui sont seuls, construire dans notre entourage l’unité que Jésus désire.
Si nous vivons ainsi, Dieu nous attire dans une communion toujours plus profonde avec lui, il nous rend forts et presque inattaquables devant les erreurs et l’attrait du monde.

Si ton pied entraîne ta chute, coupe-le ; il vaut mieux que tu entres estropié dans la vie que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.

Jésus ajoute qu’il faut couper énergiquement ce qui est pour nous une occasion de péché. Cela équivaut à cette autre Parole de l’Évangile : « Renie-toi toi-même » . Le chrétien est quelqu’un qui a le courage de lutter contre ses tendances égoïstes, pour qu’elles ne se transforment pas en style de vie.
Au cours de ce mois, sortons de nous-mêmes pour aimer ceux qui nous sont proches ; veillons à nous détacher de ce qui ne mérite pas notre amour, ce qui entrave la vie de l’homme nouveau en nous, bref, arrachons ce qui doit être enlevé de notre cœur. Aucun sacrifice n’est trop grand pour maintenir la communion avec Dieu. Chaque émondage fera jaillir de notre cœur la joie, la vraie joie, celle que le monde ne connaît pas.