Mars 2003 : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle. » (Jn 6, 68)

Aux foules qui l’entouraient, Jésus parlait du royaume de Dieu : paroles toutes simples, paraboles tirées de la vie quotidienne mais qui pourtant fascinaient son auditoire. Un style bien différent de celui des scribes car Jésus s’exprimait avec autorité . « Jamais homme n’a parlé comme cet homme » répondent aux grands prêtres et aux pharisiens les gardes chargés d’arrêter Jésus.
L’évangile de Jean rapporte des entretiens lumineux, comme celui avec Nicodème ou la Samaritaine. Avec ses apôtres cependant, Jésus va plus en profondeur, leur parlant ouvertement du Père et du Royaume de Dieu, dans un langage accessible à tous . Ils sont séduits, même s’ils ne comprennent pas entièrement ou si les paroles de Jésus leur semblent trop exigeantes.
« Elle est dure, cette parole ! Qui peut l’écouter ? » commentent de nombreux disciples après le discours du Pain de Vie où il est question de donner son corps à manger et son sang à boire. Alors, voyant s’éloigner ses disciples, il s’adresse aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Pierre, désormais attaché pour toujours à son Maître et fasciné par ce que Jésus lui avait dit le jour de leur rencontre, prend la parole au nom de tous et déclare :

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle. »

Pierre avait bien compris que les paroles de Jésus étaient d’un autre ordre que celles des autres maîtres. Venues du Ciel, elles sont esprit et vie. Lumière descendue du Ciel, elles en ont la puissance. Elles recèlent une densité et une profondeur uniques que n’ont pas les autres paroles, celles des philosophes, des hommes politiques, des poètes. Elles sont « paroles de vie éternelle » parce qu’elles contiennent, expriment et communiquent la plénitude de la vie qui n’a pas de fin, c’est-à-dire la vie même de Dieu.
Jésus est ressuscité et il est vivant. Ses paroles ne sont pas un souvenir. Elles s’adressent aujourd’hui à chacun de nous, à tous les hommes et toutes les femmes de tous les temps et de toutes les cultures : ce sont des paroles universelles et éternelles. Qui a su mieux parler que Jésus, Verbe lui-même qui s’exprime en paroles humaines ?
Saint Basile raconte : « Un jour, je m’éveillai comme d’un profond sommeil, je tournai les yeux vers l’admirable lumière de la vérité évangélique et je vis l’inutilité de la sagesse des princes de ce siècle . »
Thérèse de Lisieux, dans une lettre du 9 mai 1897, écrit : « Parfois lorsque je lis certains traités spirituels […] mon pauvre petit esprit se fatigue bien vite, je ferme le savant livre qui me casse la tête et me dessèche le cœur et je prends l’Écriture Sainte. Alors tout me semble lumineux, une seule parole découvre à mon âme des horizons infinis, la perfection me semble facile . »
Oui, les paroles divines comblent notre esprit fait pour l’infini. Elles n’illuminent pas seulement l’esprit mais tout notre être car elles sont lumière, amour et vie. Elles nous apportent la paix, même dans les moments de trouble et d’angoisse. Elles nous donnent la plénitude de la joie au milieu des souffrances. Elles nous donnent la force lorsque nous sombrons dans la crainte ou le découragement. Elles nous rendent libres parce qu’elles ouvrent la voie à la Vérité.

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as des paroles de vie éternelle. »

La parole de ce mois nous rappelle que Jésus est notre unique maître. Nous avons à le suivre quelle que soit l’apparente dureté de ses paroles : elles exigent de nous la conscience et l’honnêteté dans notre travail, le pardon, le service des autres, la fidélité à tous nos engagements, la résistance à l’euthanasie auprès d’un malade incurable…
Alors que tant de maîtres nous invitent à des solutions de facilité, à des compromis, nous ne voulons écouter et suivre qu’un seul maître : celui qui « a les paroles de la vie éternelle ».
Ces paroles de Pierre, nous avons nous aussi à les prendre en compte.
Le carême va nous préparer à la grande fête de la résurrection. Il nous invite à nous mettre à l’école de ce Maître et à en devenir d’authentiques disciples. L’amour de la Parole de Dieu doit nous habiter : accueillons-la attentivement lorsque nous l’entendons à l’église, l’étudions ou la méditons.
Mais surtout, nous sommes appelés à la vivre, selon l’enseignement de l’Écriture : « Mettez la Parole en pratique. Ne soyez pas seulement des auditeurs qui s’abusent eux-mêmes ! » C’est pour cette raison que nous portons notre attention sur l’une d’entre elles chaque mois, et que nous la laissons nous pénétrer, nous former, nous « faire vivre ». Vivre une seule parole de Jésus revient à vivre l’Évangile tout entier car dans chacune de ses paroles c’est Lui-même qui se donne, c’est Lui qui vient vivre en nous. C’est comme une goutte de sa divine sagesse qui, à force de tomber au même endroit, se fraye un chemin et s’installe en nous, y imprimant un nouveau mode de penser, de vouloir et d’agir.