Juillet 2002 : « A celui qui a, il sera donné, et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré. » (Mt 13, 12)

Ces paroles de Jésus si importantes, Matthieu les rapporte deux fois 1 dans son Évangile Que nous rappellent-elles ? Tout simplement que Dieu ne pense pas l’économie comme nous. On le voit bien, par exemple, lorsqu’il donne le même salaire à l’ouvrier de la dernière heure qu’à celui de la première 2.
Jésus adresse ces paroles à ses disciples qui lui demandent pourquoi il leur parle ouvertement à eux, alors qu’il s’adresse aux autres en paraboles, de manière voilée. Pourquoi Jésus pouvait-il donner directement à ses disciples la plénitude de la vérité et la lumière ? Parce qu’ils le suivaient. Jésus était tout pour eux. Leur cœur était disposé à l’accueillir. Ils avaient déjà Jésus qui pouvait ainsi se donner à eux en plénitude.
Comment comprendre cette manière d’agir ? Saint Luc nous rapporte une autre parole semblable : « Donnez et on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu’on vous versera dans le pan de votre vêtement » 3. Dans ces deux phrases – de Matthieu et de Luc – Jésus donne au verbe « avoir » (à qui « a » il sera donné) le même sens que « donner » (à qui « donne » il sera donné).
Cette vérité évangélique, nous l’avons tous expérimentée. En aidant un malade, en consolant un affligé, en tenant compagnie à un isolé, n’éprouve-t-on pas quelquefois une joie et une paix dont on ne connaît pas l’origine ? C’est la logique de l’amour : plus on donne, plus on s’enrichit.
Ainsi la Parole de ce mois peut se traduire par : à celui qui aime, qui vit dans l’amour, Dieu donne la capacité d’aimer encore plus. Il lui donne la plénitude de l’amour jusqu’à le rendre semblable à lui, qui est Amour…

« A celui qui a, il sera donné, et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré. »

Oui, c’est l’amour qui nous fait être. Nous existons parce que nous aimons. Si nous n’aimions pas, et chaque fois que nous n’aimons pas, nous ne sommes pas, nous n’existons pas (« même ce qu’il a lui sera retiré »). Il ne nous reste alors qu’à aimer, sans nous ménager. Car ainsi Dieu se donnera à nous et apportera avec lui la plénitude de ses dons.
Donnons concrètement à ceux qui nous entourent, sûrs qu’ainsi c’est à Dieu que nous donnons. Donnons sans cesse ; donnons un sourire, notre compréhension, un pardon, notre écoute ; donnons notre intelligence, notre disponibilité ; donnons notre temps, nos talents, nos idées, notre activité ; donnons nos expériences, nos capacités, nos biens ; partageons-les avec les autres, afin de ne rien accumuler et de tout faire circuler. Si nous donnons, nous ouvrons les mains de Dieu. Et, dans sa providence, il nous comble avec surabondance, afin que nous puissions encore donner beaucoup, et recevoir encore, et répondre ainsi aux besoins démesurés d’une multitude.

« A celui qui a, il sera donné, et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré. »

Le plus grand cadeau de Jésus ? Mais c’est lui-même, sa présence au milieu de nous. Voilà la plénitude de la vie, l’abondance de celui qui veut nous combler. Soyons-en bien conscients : Jésus se donne à ses disciples qui le suivent en étant unis. Cette Parole de vie nous rappelle donc aussi la dimension communautaire de notre spiritualité. Nous pouvons la traduire ainsi : à tous ceux qui s’aiment d’un amour réciproque, à ceux qui vivent l’unité, sera donnée la présence même de Jésus au milieu d’eux.
Il nous sera donné davantage encore. A celui qui a – c’est-à-dire qui a vécu dans l’amour et aura ainsi gagné le centuple en cette vie – le Paradis sera donné en plus. Et il sera dans la surabondance. Celui qui n’a pas, qui n’aura pas vécu dans l’amour, ne connaîtra pas cette récompense.
Aimons donc. Aimons tout le monde. Aimons au point d’inciter l’autre à aimer à son tour, et que l’amour devienne réciproque : nous aurons alors la plénitude de la vie.