Février 2001 : « Donnez et on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on vous versera dans le pan de votre vêtement . » (Lc 6, 38)

T’est-il jamais arrivé de recevoir un cadeau d’un ami et de ressentir tout de suite le besoin d’y répondre ? Non pas tant pour t’acquitter d’une dette, mais poussé par un véritable amour reconnaissant ? Je suis sûre que si.

Si cela t’arrive, à toi, imagine combien plus cela peut arriver à Dieu, lui qui est Amour. Il nous comble toujours, chaque fois que nous donnons, en son nom, quelque chose à l’un de nos prochains. C’est une expérience que les chrétiens authentiques font très souvent. Et chaque fois, c’est une surprise. On ne s’habitue jamais à l’imagination de Dieu. On pourrait donner mille, dix mille exemples, on pourrait en écrire un livre entier. Et l’on verrait combien l’image de la  » bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on vous versera dans le pan de votre vêtement  » exprime réellement l’abondance et la générosité avec laquelle Dieu nous répond.

 » La nuit était déjà tombée sur Rome. Dans l’appartement du sous-sol qu’elles occupaient, le petit groupe de jeunes filles qui voulaient vivre l’Evangile – c’était les premiers temps du Mouvement – se souhaitaient une bonne nuit. Mais voilà qu’on sonne à la porte. Qui cela pouvait-il bien être à une heure pareille ? Un homme se présente, désespéré, au bord de la panique : il doit être expulsé de chez lui le lendemain avec sa famille, parce qu’il n’a pas payé son loyer. Les jeunes filles se regardent, et d’un commun accord, elles ouvrent le petit tiroir où elles ont rassemblé ce qui reste de leurs salaires. Elles donnent tout à cet homme, sans faire de raisonnements. Cette nuit-là elles dorment heureuses. Quelqu’un d’autre penserait à elles. Le jour n’est pas encore levé, que le téléphone se met à sonner. « J’arrive tout de suite en taxi » dit la voix de l’homme de la veille. Très surprise par le choix d’un tel moyen de locomotion, les jeunes filles attendent. Le visage de leur visiteur montre que quelque chose a changé : « Hier soir, à peine rentré à la maison, j’ai trouvé un héritage que jamais je n’aurais imaginé recevoir. Mon cœur m’a dit de vous en donner la moitié. » La somme était exactement le double de ce qu’elles avaient donné généreusement.  »

 » Donnez et on vous donnera ; c’est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante, qu’on vous versera dans le pan de votre vêtement.  »

En as-tu fais toi aussi l’expérience ? Si ce n’est pas le cas, souviens-toi qu’il faut donner de façon désintéressée, sans espoir de retour, à quiconque te demande.

Essaye. Mais fais-le par amour de Dieu et pas pour obtenir un résultat.

Tu me diras :  » Mais je n’ai rien « .
Ça n’est pas vrai. Nous possédons de véritables trésors si nous le voulons : notre temps libre, notre cœur, notre sourire, nos conseils, notre culture, notre paix, notre parole pour convaincre celui qui possède de donner à celui qui n’a pas…

Tu diras encore :  » Je ne sais pas à qui donner « .
Regarde autour de toi : tu te souviens de ce malade à l’hôpital, de cette veuve qui souffre de solitude, de ce camarade complètement découragé parce qu’il ne réussit pas à l’école, de ce jeune chômeur toujours triste, du petit frère qui a besoin de ton aide, de cet ami en prison, de cet apprenti peu sûr de lui ? C’est en eux que le Christ t’attend.

Vis selon le nouveau style d’un vrai chrétien – dont l’Evangile est tout imprégné – ce qui est le contraire du repliement sur soi. Arrête de placer ta sécurité dans les biens de ce monde et appuie-toi sur Dieu. C’est là que se verra ta foi en lui, qui sera bientôt confirmée par ce qu’il te donnera en retour.

Ce n’est ni pour t’enrichir ni pour nous enrichir que Dieu se comporte ainsi. Il le fait pour que d’autres personnes, beaucoup d’autres, agissent de la même manière, après avoir vu les petits miracles qu’entraîne notre façon de donner.
Il le fait pour qu’en possédant plus nous puissions donner plus ; et pour que – en véritables administrateurs des biens de Dieu – nous fassions tout circuler dans la communauté qui nous entoure, et que l’on dise comme de la première communauté de Jérusalem :  » Nul parmi eux n’était pauvre  » (1) . Ne sens-tu pas qu’ainsi tu peux concourir à donner une âme authentique à la révolution sociale que le monde attend ?

 » Donnez et on vous donnera.  » Jésus pensait certainement d’abord à la récompense que nous aurons au Paradis, mais tout ce qui arrive sur cette terre en est déjà le prélude et la garantie.

(1) Cf Ac 4, 32-35.