Décembre 2000 : « Restez éveillés dans une prière de tous les instants. » (Lc 21, 36)

Cette invitation de Jésus à rester éveillés se trouve en saint Luc dans le passage où il est question de la seconde venue du Fils de l’Homme : celle-ci adviendra pour l’univers créé au moment où l’on s’y attendra le moins et, pour chacun d’entre nous, elle aura lieu lors de notre mort physique, jour de notre rencontre face à face avec le Seigneur.

« Levez-vous et priez » dit encore Jésus au Jardin des Oliviers, afin de préparer ses disciples au scandale de sa passion.

Ces simples mots renferment le secret qui permet d’affronter aussi bien les événements dramatiques de la vie que les inévitables épreuves quotidiennes.

Vigilance et prière sont indispensables l’une à l’autre : on ne veille pas sans prier, et on ne prie pas sans être spirituellement éveillé. Déjà, les premiers ascètes du désert cherchaient de toutes leurs forces à conjuguer ces deux vertus, pour qu’aucune tentation ne puisse les prendre au dépourvu. Et nombreux furent les moyens qu’ils imaginèrent pour rester vigilants et recueillis dans la prière.

Mais aujourd’hui, dans le rythme frénétique où la vie nous entraîne, comment réussir à ne pas nous laisser séduire par le chant de si nombreuses sirènes ? Et pourtant ces paroles de l’Évangile sont faites pour nous aussi

« Restez éveillés dans une prière de tous les instants. »

Jésus ne peut pas nous demander quelque chose que nous ne serions pas en mesure de réaliser, même aujourd’hui. Il ne peut nous exhorter à faire quelque chose sans nous donner aussi le moyen de vivre selon sa parole.

Comment rester alors éveillés et sur nos gardes, comment être sans cesse recueillis dans la prière ? Peut-être avons-nous cherché à le faire en nous protégeant de tout et de tous ? Mais ce n’est pas la bonne route, et l’on ne tarde pas à s’apercevoir qu’il faudra, un jour ou l’autre, rebrousser chemin.

La voie qu’il faut suivre, nous la trouvons aussi bien dans l’Évangile que dans l’expérience humaine. Quand on aime une personne, notre coeur veille sans cesse tandis que nous l’attendons, chaque minute qui passe sans elle est vécue en fonction d’elle. Celui qui aime est un bon veilleur.
Veiller est le propre de l’amour.

C’est ce que nous enseigne aussi la parabole des vierges sages et des vierges insensées. Quand on attend quelqu’un que l’on aime, on est vigilant ; on n’a pas d’effort à faire pour rester éveillé, car plus fort est le sentiment qui nous tient debout et nous rend prêts à la rencontre.

C’est ce que l’on vit en famille lorsque, éloignés les uns des autres, on attend de se revoir.

C’est ce que font une maman ou un papa au chevet de leur enfant malade, quand ils s’accordent quelques moments de repos. Ils dorment, mais leur coeur veille.

C’est ainsi qu’agit celui qui aime Jésus. Il fait tout en fonction de Lui, Lui qu’il rencontre à tout moment dans les manifestations simples de sa volonté, et qu’il rencontrera solennellement au jour de sa venue. La liturgie de ce mois nous prépare d’ailleurs à une prière vivante, une prière d’attente, d’accueil de dons, du Don : la naissance de Jésus sur cette terre, que l’on va célébrer au début de ce troisième millénaire.

« Restez éveillés dans une prière de tous les instants. »

La prière continuelle est aussi une question d’amour car, à part les moments dédiés à l’oraison, toute l’existence quotidienne peut devenir prière, offrande, entretien silencieux avec Dieu.

Ce sourire à donner, ce travail à accomplir, cette voiture à conduire, ce repas à préparer, cette activité à organiser, cette larme à verser pour le frère ou la soeur qui souffre, cet instrument à jouer, cet article ou cette lettre à écrire, cet événement joyeux à fêter, ce vêtement à nettoyer Si nous faisons tout cela par amour, cela peut devenir prière.

Pour veiller, pour prier sans cesse, il faut donc être dans l’amour : aimer la volonté de Dieu et chaque prochain qu’il placera à nos côtés.

Aujourd’hui j’aimerai. Aujourd’hui je veillerai et je prierai à chaque instant.