Novembre 2000 : « Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde. » (Mt 5,7)

Si une parole de l’Ecriture exprime plus que toute autre la révélation de Dieu en Jésus Christ, c’est bien la miséricorde. Dans la grandiose théophanie (manifestation de Dieu) du Sinaï, le Seigneur avait révélé à Moïse : « Je suis un Dieu miséricordieux et bienveillant, qui reste fidèle à des milliers de générations » (1).

A l’aube du jour messianique, Marie annonce à Elisabeth que le Tout Puissant s’est souvenu de sa miséricorde (2), et que ce qui vient de naître en elle en est la preuve. Voilà donc rassemblé en Jésus, fils de Dieu et de Marie, l’amour paternel et maternel de Dieu ; en hébreu, les deux termes utilisés pour définir la miséricorde l’expriment bien : une profonde attitude de bonté qui manifeste que Dieu est fidèle à lui-même et qu’il a des « entrailles de mère » pour tous les hommes.

Mais qu’est-ce qui rend la miséricorde aussi puissante et lui donne toujours le dessus sur la justice ? (3)

Et pourquoi Jésus met-il cette vertu autant en relief, au point d’en faire une condition pour notre salut personnel ?

« Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde. »

Comme l’explique Jean-Paul II, la miséricorde est « la dimension indispensable de l’amour, elle est comme son deuxième nom » (4). Pour lui les paroles de la béatitude constituent une synthèse de toute la Bonne Nouvelle qui est la révélation de l’amour de Dieu qui nous sauve, et une invitation faite à tous d’être « miséricordieux comme le Père » (5), et comme celui qui en est l’image la plus fidèle, Jésus.

Dans la prière du Notre Père, on retrouve, avec d’autres mots, la même idée : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». La loi écrite au Ciel indique que la remise de nos fautes nous parviendra en proportion de ce que nous aurons su pardonner à nos frères et à nos sœurs.

Le thème de la miséricorde et du pardon envahit l’Evangile tout entier. Au fond, dans la nuit qui a précédé sa passion, Jésus nous a révélé dans sa dernière prière le but qu’il poursuivait : l’unité de tous, hommes et femmes, en une grande famille, avec la Trinité pour modèle. Tout son enseignement tend simplement à nous donner, avec son amour, l’instrument pour réaliser cette communion entre nous et avec Dieu. Et la miséricorde est justement l’ultime expression de l’amour, de la charité, celle qui l’accomplit, qui la rend parfaite.

« Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde. »

Cherchons donc à vivre tous nos rapports avec les autres dans un amour revêtu de miséricorde !

La miséricorde est un amour qui sait accueillir chaque prochain, spécialement le plus pauvre et le plus nécessiteux. Un amour sans mesure, abondant, universel, concret. Un amour qui tend à susciter la réciprocité, but ultime de la miséricorde, sans laquelle n’existerait que la justice, qui sert à créer l’égalité mais non la fraternité.

On entend souvent parler de nos jours du pardon refusé à ceux qui ont commis de graves crimes. On réclame vengeance plutôt que justice. Mais nous, après avoir fait tout notre possible pour que les dommages soient réparés, nous devons laisser place au pardon, seul capable de guérir les traumatismes personnels et sociaux engendrés par le mal. « Pardonnez et l’on vous pardonnera » (6).

Alors, si nous avons subi une offense, une injustice, quelles qu’elles soient, pardonnons et nous serons pardonnés. Soyons les premiers à user de miséricorde !

Même si cela nous semble difficile et ardu, demandons-nous, face à notre prochain : comment sa mère se comporterait-elle en face de lui ? Cette pensée nous aidera à comprendre et à vivre selon le cœur de Dieu.

1 Ex 34, 6-7.
2 Cf. Lc 1, 54.
3 Cf. Jc 2, 13.
4 Encyclique Dives in misericordia, (La miséricorde divine) n. 7.
5 Cf. Lc 6, 36.
6 Lc 6, 37.